jeudi 16 juin 2016

Elen Brig Koridwen - Propos d'Homme à Homme

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Une fin d'après-midi. Quelques heures de train sous un ciel boudeur m'ont poussé à reprendre (voyons: troisième fois, quatrième?) ma lecture en entier, depuis le début. Les deux voyages s'achèvent presque au même moment. Je quitte le livre avec regret. Mes yeux se portent avec dédain par-delà la vitre derrière laquelle s'étire un horizon gris, retournent se poser sur l'écran. J'ai une fois de plus navigué entre grâce et souffrance, délicatesse et brutalité, pris dans l'ivresse de savourer une prose qui est travail d'orfèvre ou de brodeuse, abasourdi lorsque la dernière page se tourne. Voilà un roman singulier que l'on ne peut qu'étreindre ou rejeter - si l'on craint trop ses propres parts d'ombre. Je l'ai embrassé jusque dans ses excès, hasards propices, ambivalences parfois outrées: situations qui répugnent à l'imagination (allons, personne ne va y croire) mais que la vie met sur notre chemin avec malice... Et, parvenu au terme, revenu à l'extrémité des dernières lignes, je m'affaisse un peu, engourdi. Chaque relecture est une redécouverte. Comme si, d'une fois sur l'autre, on avait affaire à un autre livre, et pourtant chaque phrase est restée identique. C'est qu'il ne se dévoile pas du premier coup, et je ne suis même pas sûr qu'à force on réussisse à le dénuder tout à fait. Engourdi, donc, je ferme les yeux. Durant le voyage (la lecture, plutôt que le périple ferroviaire), s'est imposée à moi une comparaison que je pressentais. Musicale. Il y a quelque chose, ici, du concerto pour la main gauche de Ravel. Je ne saurais dire exactement pourquoi je fais ce rapprochement plutôt qu'un autre. Question d'atmosphères qui se complètent et de sensibilités qui se rejoignent? Allez savoir. Et puis, tiens, essayez: lisez et écoutez. Mais surtout, lisez.